Une fois n’est pas coutume, c’est le témoignage d’une infirmière libérale, que nous avons décidé de partager. Nous ne sommes pas les seuls, puisque d’autres sites se sont également empressés de s’en faire l’écho. Alix, une jeune infirmière libérale, termine son post posté sur Facebook par une simple demande, à laquelle nous avons été sensibles :
« (…) si vous voulez faire chose, juste partagez pour que ça soit lu par un maximum de médecins généralistes. Pour que ce genre de mort survienne le moins possible. Merci. »
Les infirmières libérales face à la mort, une situation difficile à vivre
Vous l’avez déjà compris, le récit relate les dernières heures d’un patient, qu’Alix et sa collègue ont accompagné jusqu’à la fin. De retour d’un centre de convalescence, le patient en question se retrouve bien mal en point chez lui, et Alix sait que la fin de vie est imminente. Le patient ne souhaitait qu’une chose, vivre ses derniers instants à son domicile, et c’est donc chose faite mais dans quelles conditions et à quel prix ? Alix se révolte de cette situation. Elle sait que la fin est proche, partageant cette connaissance avec les autres infirmières libérales, ayant déjà connu la situation :
« Son teint était pâle translucide : le visage de la mort. Celui qu’on apprend à reconnaître par expérience : quand la peau devient grisâtre et cartonnée, l’œil vitreux et le regard dans le vide qui reste accroché sur on ne sait trop quoi. Il ne s’alimentait plus, avalait de travers quand on essayait de le faire boire quelques gouttes d’eau et ne parlait presque plus. Il gémissait, un peu. Parfois. Allongé dans son lit, sans pouvoir bouger. Un corps mort. Ou presque. »
Un sentiment de solitude et d’impuissance, difficile à vivre
La situation est terrible certes mais elle fait partie du métier, même si on ne peut s’y habituer. Ce n’est pas le décès en lui-même qui révolte et ulcère Alix mais les conditions, dans lesquelles ce dernier s’est déroulé. Le patient souffrait, et comme toute infirmière libérale, Alix a cherché à soulager cette souffrance, devant alors insister auprès d’un médecin pour qu’il se déplace.
« Le seul souci, c’est que ce médecin, très peu à l’aise avec la mort et probablement pas au fait des prises en charge de fin de vie, n’a pas du tout géré l’anticipation du décès : les quelques prescriptions faites n’étaient pas adaptées à une fin de vie imminente. »
Alors Alix a même suggéré d’ « d’appeler les soins palliatifs. Par téléphone, ils ont répondu que M. X n’était pas prêt, que ça n’était pas le moment. ». C’est donc bien seules, que les deux infirmières libérales ont dû accompagner ce patient, sans aucune autre aide médicale. Et c’est cette solitude, et au final cette impuissance à soulager, à faire son métier tout simplement, qui apparaît intolérable à Alix et à sa collègue.
Sans ordonnance anticipée et adaptée de la part du médecin, nous n’avons rien pu faire de médical pour le soulager.
Une impuissance intolérable pour des infirmières libérales désemparées
Le récit de ces derniers instants atteste à quel point, il a été intolérable pour les deux infirmières libérales de ne rien pouvoir faire médicalement parlant, parce qu’humainement, elles étaient là, présentes.
Et il s’est vidé de son sang, comme on égorgerait un porc. Tout simplement, comme on viderait une bouteille d’eau en ses jours de canicule. Mais lui, s’est vidé par l’anus, par la bouche et même par les yeux (chose que je n’avais jamais vue). Il baignait dans sa merde et dans son sang, écroulé au milieu de son lit dégueulasse et il hurlait à la mort à chaque fois que j’essayais de le bouger pour éponger tout ce merdier. Dans ses derniers moment d’énergie, il a même réussi à crier « putain je m’étouffe !!! » Je pense que là, il s’étouffait vraiment… Ma collègue et moi nous n’avons rien pu faire de médical pour l’accompagner dignement vers sa mort. Nous avons été de bien belles et simples observatrices passives de cette déchéance programmée.
On sent la détresse d’Alix en poursuivant la lecture :
J’ai pompé sa merde et son sang
J’ai changé son lit 3 fois en 12h.
Je lui humecté les lèvres et passé un linge mouillé sur son visage.
J’ai essayé de lui faire avaler son comprimé de morphine. Tout ce que j’ai réussi à faire c’est qu’il s’étouffe un peu plus.
J’ai pris son téléphone et j’ai appelé sa famille pour qu’il les entende une dernière fois. J’ai tenu le téléphone à son oreille pour qu’il entende ses proches et j’ai vu ses larmes couler sur ses joues (les miennes coulant avec).
Je l’ai couvert en urgence d’un drap propre pour cacher son sang quand j’ai entendu son fils débarquer chez lui à 7h ce matin.
Je lui ai tenu la main, je lui ai caressé le front. Un peu, mais pas assez. Pas assez du tout même.
Je lui ai bêtement dit «courage» face à sa douleur, et «je sais bien» quand il m’a hurlé «je m’étouffe».
Et puis je suis repartie bosser en le laissant tout seul avec sa mort pourrie et avec son fils perdu dans sa maison. Car j’avais déjà une heure de retard sur ma tournée.
Ma collègue, elle, s’est levée à 7h du mat d’un bond réveillée par sa sonnerie de son téléphone, son jour de repos. Elle a pris ma relève sans hésiter quand je l’ai appelée au secours.
Elle est arrivée juste à temps, pour son dernier souffle et lui a tenu la main.
Elle lui a fait la toilette mortuaire, l’a lavé de toute sa merde et de tout son sang. Elle a jeté les draps, ouvert les fenêtres et lui a passé de l’eau de Cologne sur tout le corps avant que ses enfants arrivent et sentent l’odeur de merde et de sang digéré.
Elle a acheté des bougies et les a disposées dans sa chambre, elle l’a habillé dignement et est allé couper des roses de son jardin. Celles qu’il aimait tant. Elle les a disposées tout autour de lui en attendant sa famille.
Des leçons à tirer pour un accompagnement plus digne
Alix, dont l’expérience et le ressenti ne peuvent être décrits (seules les infirmières et infirmiers libéraux, ayant vécu pareille expérience, peuvent le comprendre), a souhaité partager ce récit pour faire avancer et évoluer la situation. Elle ne comprend pas la réaction du médecin, qui à l’annonce de la mort de son patient, répond par sms « merci d’avoir géré, une belle pensée pour lui ».
J’ai voulu aller voir le médecin pour discuter directement avec lui. Mais ma collègue, à qui appartient le cabinet, m’a demandé de ne pas le faire. De peur du grand pouvoir du médecin probablement… Omerta et chape de plomb… Je vais donc respecter sa demande. Mais je vais écrire pour dénoncer. Dénoncer non pas la personne mais les actes. Dénoncer une prise en charge qui ne doit plus se reproduire et faire que cette expérience soit au final quelque chose de positif pour l’avenir d’autres malades.
On comprend donc mieux les raisons, qui poussent Alix à écrire de manière anonyme, et personne ne pourrait le lui reprocher désormais. C’est donc avant tout aux médecins, qu’Alix s’adresse en rédigeant son récit, même si on imagine qu’il fut aussi un exutoire à une situation difficilement acceptable.
Ce que j’aimerais vraiment, c’est que ce post puisse être lu par le maximum de médecins. Surtout par les médecins généralistes et particulièrement ceux qui ne sont pas à l’aise avec la mort à domicile. Je ne vous juge pas. Je ne dis pas que vous êtes nuls ou de mauvaises personnes. Je voudrais juste que vous compreniez qu’une prise en charge d’une fin de vie à domicile est possible si une continuité des soins existe. Mais pour cela, il faut qu’elle commence. Et vous en êtes à l’initiative. C’est vous qui devez prendre la première décision, la nommer, la verbaliser. « On est en palliatif là, on y va! ». Et nous, les infirmières, nous suivrons. Nous sommes sur le terrain trois fois par jour, pour mettre en actes vos ordonnances.
Alors si vous connaissez des médecins généralistes, s’il vous plait, partagez. On est là pour bosser ensemble, on se salira les mains pour vous sur le terrain, y’a pas de souci, mais aidez-nous dès le début aussi. On a besoin de vous. Une fin de vie à domicile est tout à fait possible dans n’importe quel contexte, aussi pourri qu’il soit. La personne finit irrémédiablement par mourir. Par contre, une fin de vie à domicile digne est un plus gros challenge. Elle demande une anticipation et la coordination d’une équipe. Travaillez avec nous svp, pour le bien de nos patients. Merci.
Combien de situations similaires en France pour qu’une Alix prenne la plume même de façon anonyme ? Chacun pourra témoigner de son propre ressenti, de ses propres expériences, mais nous respectons ici le souhait d’Alix, en espérant sincèrement que ce post sera consulté ou transmis au plus grand nombre possible de médecins généralistes. Mais en 2017, alors que tant de dossiers quant à la gestion et à l’avenir des infirmières et infirmiers libéraux sont sur le bureau, il est alarmant de lire un tel témoignage, où une infirmière libérale a l’honnêteté d’un constat implacable :
On a fait ce qu’on a pu. Mais on a rien fait de médical.
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Que faire si votre médecin refuse d'appliquer vos directives anticipées ?
L’ADMD peut intervenir, peut vous épauler dans vos démarches afin de faire respecter vos droits […]
Depuis la loi du 2 février 2016, dite loi Claeys-Leonetti, les directives anticipées sont opposables – c'est-à-dire que leurs effets doivent être reconnus par les tiers, singulièrement par les soignants – mais ne sont pas contraignantes – c'est-à-dire que les médecins n'ont pas l'obligation absolue de les respecter. Dans cette loi, le médecin a en effet la liberté de ne pas appliquer les directives anticipées si elles lui apparaissent comme « manifestement inappropriées » (critère hautement subjectif) ou en cas « d'urgence vitale ». Bref, on le comprend aisément, les volontés de fin de vie d'un citoyen en pleine possession de ses facultés n'ont toujours pas à être respectées par le corps médical ; la bien triste négation d'une liberté individuelle, la liberté ultime de renoncer à vivre lorsque la vie n'est plus que de la survie.
Alors que faire si, malgré la loi de 2016 qui prévoit la possibilité d'une sédation profonde, continue et terminale « dans les derniers jours de la vie » ( critère, là encore, hautement subjectif ), votre médecin se montre indifférent à votre souffrance en fin de vie et refuse d'appliquer vos directives anticipées ?
Vous pouvez contacter les commissions des usagers (CDU), installées dans chaque établissement de santé public et privé pour représenter les patients et leur famille. Ces CDU remplacent les commissions des relations avec les usagers et de la qualité de la prise en charge (CRUQPC) et renforcent la place des usagers dans le secteur sanitaire. Peut-être qu'un militant de l'ADMD, qui aura préalablement reçu un mandat du président de notre association, y siège...
Les misions de ces CDU sont les suivantes :
● participer à l'élaboration de la politique menée dans l'établissement en ce qui concerne l'accueil, la prise en charge, l'information et les droits des usagers,
● être associée à l'organisation des parcours de soins ainsi qu'à la politique de qualité et de sécurité élaborée par la commission ou la conférence médicale d'établissement (CME),
● se saisir de tout sujet portant sur la politique de qualité et de sécurité, faire des propositions et être informée des suites données,
● être informée des événements indésirables graves (EIG) et des actions menées par l'établissement pour y remédier,
● recueillir les observations des associations de bénévoles dans l'établissement,
● proposer un projet des usagers exprimant leurs attentes et leurs propositions après consultation des représentants des usagers et des associations de bénévoles.
La liste des membres de ces CDU est affichée dans l'établissement de santé et elle doit être remise dans ou avec le livret d'accueil.
L'ADMD peut également intervenir...
Vous pouvez bien sûr contacter le délégué de l'ADMD dans votre département. Mais attention : nos délégués sont des bénévoles (au même titre que chacun des 70 000 adhérents de notre association) et n'assurent pas automatiquement de permanence. Aussi peut-il ne pas être joint au moment nécessaire, ce qui ne sera pas anormal... Retrouvez sous ce lien la liste de nos délégués.
Vous pouvez aussi contacter notre service Admd-Ecoute (01 48 00 04 92), une permanence où se relaient du lundi au vendredi, de 10h00 à 19h00, près de 25 bénévoles formés et qui travaillent en relation étroite avec nos juristes conseillers et nos médecins conseillers. Ces derniers – juristes et médecins – ne peuvent être contactés directement ; ce seront eux, à la demande d'un délégué ou de l'Admd-Ecoute, dans le cadre d'un guide de procédures mis à la disposition de nos bénévoles, qui prendront contact avec vous. Bénévoles de l'Admd-Ecoute, médecins-conseillers, juristes-conseillers établiront un dialogue constructif et humain avec vous pour vous aider, ainsi que vos proches, à affronter la seule certitude de notre vie, c'est-à-dire notre mort... Ils pourront également établir un dialogue direct avec les praticiens hospitaliers concernés.
Rappelez-vous que seuls les membres de sa famille ont accès au dossier médical d'un patient. Les personnes de confiance n'y ont pas accès (la loi Claeys-Leonetti a en effet refusé les propositions d'amendements de l'ADMD en la matière), sauf si elles ont reçu un mandat exprès à travers le formulaire de désignation des personnes de confiance mis à la disposition de ses adhérents par l'ADMD.
Parce que vous connaissez vos droits (Les droits relatifs à la personne malade et à la personne en fin de vie), parce que l'ADMD et ses bénévoles vous aident à les faire valoir, vous serez en mesure d'éviter les drames de la fin de vie provoqués par une mauvaise loi.
Mal mourir n'est pas une fatalité. Aux Pays-Bas, en Belgique, au Luxembourg, en Suisse, nos voisins peuvent choisir entre soins palliatifs, euthanasie et suicide assisté. Un choix librement consenti, qui respecte aussi la conscience des soignants. En France, aujourd'hui, en l'absence d'une véritable loi d'ultime liberté, adhérer à l'Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité reste le meilleur moyen de protéger son parcours de fin de vie.
Depuis la loi du 2 février 2016, dite loi Claeys-Leonetti, les directives anticipées sont opposables – c'est-à-dire que leurs effets doivent être reconnus par les tiers, singulièrement par les soignants – mais ne sont pas contraignantes – c'est-à-dire que les médecins n'ont pas l'obligation absolue de les respecter. Dans cette loi, le médecin a en effet la liberté de ne pas appliquer les directives anticipées si elles lui apparaissent comme « manifestement inappropriées » (critère hautement subjectif) ou en cas « d'urgence vitale ». Bref, on le comprend aisément, les volontés de fin de vie d'un citoyen en pleine possession de ses facultés n'ont toujours pas à être respectées par le corps médical ; la bien triste négation d'une liberté individuelle, la liberté ultime de renoncer à vivre lorsque la vie n'est plus que de la survie.
Alors que faire si, malgré la loi de 2016 qui prévoit la possibilité d'une sédation profonde, continue et terminale « dans les derniers jours de la vie » ( critère, là encore, hautement subjectif ), votre médecin se montre indifférent à votre souffrance en fin de vie et refuse d'appliquer vos directives anticipées ?
Vous pouvez contacter les commissions des usagers (CDU), installées dans chaque établissement de santé public et privé pour représenter les patients et leur famille. Ces CDU remplacent les commissions des relations avec les usagers et de la qualité de la prise en charge (CRUQPC) et renforcent la place des usagers dans le secteur sanitaire. Peut-être qu'un militant de l'ADMD, qui aura préalablement reçu un mandat du président de notre association, y siège...
Les misions de ces CDU sont les suivantes :
● participer à l'élaboration de la politique menée dans l'établissement en ce qui concerne l'accueil, la prise en charge, l'information et les droits des usagers,
● être associée à l'organisation des parcours de soins ainsi qu'à la politique de qualité et de sécurité élaborée par la commission ou la conférence médicale d'établissement (CME),
● se saisir de tout sujet portant sur la politique de qualité et de sécurité, faire des propositions et être informée des suites données,
● être informée des événements indésirables graves (EIG) et des actions menées par l'établissement pour y remédier,
● recueillir les observations des associations de bénévoles dans l'établissement,
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L'ADMD peut également intervenir...
Vous pouvez bien sûr contacter le délégué de l'ADMD dans votre département. Mais attention : nos délégués sont des bénévoles (au même titre que chacun des 70 000 adhérents de notre association) et n'assurent pas automatiquement de permanence. Aussi peut-il ne pas être joint au moment nécessaire, ce qui ne sera pas anormal... Retrouvez sous ce lien la liste de nos délégués.
Vous pouvez aussi contacter notre service Admd-Ecoute (01 48 00 04 92), une permanence où se relaient du lundi au vendredi, de 10h00 à 19h00, près de 25 bénévoles formés et qui travaillent en relation étroite avec nos juristes conseillers et nos médecins conseillers. Ces derniers – juristes et médecins – ne peuvent être contactés directement ; ce seront eux, à la demande d'un délégué ou de l'Admd-Ecoute, dans le cadre d'un guide de procédures mis à la disposition de nos bénévoles, qui prendront contact avec vous. Bénévoles de l'Admd-Ecoute, médecins-conseillers, juristes-conseillers établiront un dialogue constructif et humain avec vous pour vous aider, ainsi que vos proches, à affronter la seule certitude de notre vie, c'est-à-dire notre mort... Ils pourront également établir un dialogue direct avec les praticiens hospitaliers concernés.
Rappelez-vous que seuls les membres de sa famille ont accès au dossier médical d'un patient. Les personnes de confiance n'y ont pas accès (la loi Claeys-Leonetti a en effet refusé les propositions d'amendements de l'ADMD en la matière), sauf si elles ont reçu un mandat exprès à travers le formulaire de désignation des personnes de confiance mis à la disposition de ses adhérents par l'ADMD.
Parce que vous connaissez vos droits (Les droits relatifs à la personne malade et à la personne en fin de vie), parce que l'ADMD et ses bénévoles vous aident à les faire valoir, vous serez en mesure d'éviter les drames de la fin de vie provoqués par une mauvaise loi.
Mal mourir n'est pas une fatalité. Aux Pays-Bas, en Belgique, au Luxembourg, en Suisse, nos voisins peuvent choisir entre soins palliatifs, euthanasie et suicide assisté. Un choix librement consenti, qui respecte aussi la conscience des soignants. En France, aujourd'hui, en l'absence d'une véritable loi d'ultime liberté, adhérer à l'Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité reste le meilleur moyen de protéger son parcours de fin de vie.
Le canada légalise l'aide médicale à mourir (Le blog de ADMD)
Jacqueline Jencquel, vice-présidente de l'ADMD
Entre la décriminalisation de l'aide médicale à mourir (suicide assisté et euthanasie active) en février 2015 par la Cour Suprême du Canada et sa légalisation hier, c'est à dire l'adoption du projet de loi autorisant le suicide médicalement assisté, il s'est passé un peu plus d'un an.
Nous voyons ce qu'il en est lorsqu'un Parlement, un Sénat et un Premier Ministre sont d'accord dans un pays pour changer une loi injuste qui ne respecte pas le choix du patient. Le Canada est un pays gouverné par des démocrates qui écoutent la voix de leur peuple.
Et nous, la France de Montesquieu et de Voltaire ? Que se passe-t-il dans les sphères d'un gouvernement incapable d'écouter les Français ? Les Français, qui dans leur grande majorité demandent la même loi qui vient d'être accordée aux 38 millions de Canadiens ? Certes, cette loi ne fait allusion qu'aux malades en phase terminale d'une maladie incurable. Elle est moins libérale que la loi suisse et celle des pays du Benelux, qui accordent cette aide également aux personnes atteintes de maladies neurodégénératives. C'est un premier temps. D'autres étapes viendront par la suite pour améliorer cette avancée historique.
Nous voyons ce qu'il en est lorsqu'un Parlement, un Sénat et un Premier Ministre sont d'accord dans un pays pour changer une loi injuste qui ne respecte pas le choix du patient. Le Canada est un pays gouverné par des démocrates qui écoutent la voix de leur peuple.
Et nous, la France de Montesquieu et de Voltaire ? Que se passe-t-il dans les sphères d'un gouvernement incapable d'écouter les Français ? Les Français, qui dans leur grande majorité demandent la même loi qui vient d'être accordée aux 38 millions de Canadiens ? Certes, cette loi ne fait allusion qu'aux malades en phase terminale d'une maladie incurable. Elle est moins libérale que la loi suisse et celle des pays du Benelux, qui accordent cette aide également aux personnes atteintes de maladies neurodégénératives. C'est un premier temps. D'autres étapes viendront par la suite pour améliorer cette avancée historique.
En France, depuis que le professeur Schwartzenberg parlait de "changer la mort" en 1973, plus de 40 ans se sont écoulés sans que rien ne change. Certes, les lois Kouchner de 1999 et 2002 ont accordé des droits au malades (accès à leur dossier médical, refuser un traitement et recevoir autant d'antalgiques que nécessaires pour ne pas souffrir) Avant les lois Kouchner, on ne recevait pas suffisamment de morphiniques lorsqu'on souffrait (même aujourd'hui certaines équipes médicales en France sont réticentes à soulager efficacement les souffrances de leurs patients). Aujourd'hui, Bernard Kouchner regrette de ne pas être allé plus loin lorsqu'il était Ministre de la Santé. Il l'a reconnu devant la presse pendant le procès du Dr Bonnemaison. Si nous avions eu une loi, nous n'aurions pas assisté à ces bien tristes affaires : Vincent Humbert, Chantal Sébire, Vincent Lambert, Nicolas Bonnemaison, Jean Mercier. Affaires amplement médiatisées qui n'ont pas réussi à faire bouger nos législateurs.
Quel contraste entre le courage de Justin Trudeau et de son gouvernement et l'étrange comportement d'un gouvernement de gauche, dont tous les ministres étaient favorables à la légalisation du suicide assisté lorsqu'ils étaient dans l'opposition. Notre premier ministre actuel, Manuel Valls, était même le rapporteur d'une proposition de loi à l'Assemblée Nationale en 2009...
Et rien ne se passe malgré la promesse 21 du candidat Hollande... Depuis qu'il est président, il nous a menés de commissions en débats pour nous ramener à la même loi Leonetti qui existe depuis 2005 et réécrite trois fois (2005, 2008 et 2015) par Jean Leonetti, un député catholique et conservateur, farouchement opposé à l'idée de laisser le choix aux patients. Cette loi ne permet qu'une sédation profonde et continue jusqu'à la mort. Cela suppose qu'il s'agit déjà d'un mourant et non pas d'un citoyen debout, qui décide de partir, car sa vie n'est plus que souffrance physique et/ou morale.
C'est une liberté qu'il nous reste à conquérir. "Une chose n'est pas juste parce qu'elle est loi, elle doit être loi parce qu'elle est juste" Montesquieu (l'Esprit des Lois)
Quel contraste entre le courage de Justin Trudeau et de son gouvernement et l'étrange comportement d'un gouvernement de gauche, dont tous les ministres étaient favorables à la légalisation du suicide assisté lorsqu'ils étaient dans l'opposition. Notre premier ministre actuel, Manuel Valls, était même le rapporteur d'une proposition de loi à l'Assemblée Nationale en 2009...
Et rien ne se passe malgré la promesse 21 du candidat Hollande... Depuis qu'il est président, il nous a menés de commissions en débats pour nous ramener à la même loi Leonetti qui existe depuis 2005 et réécrite trois fois (2005, 2008 et 2015) par Jean Leonetti, un député catholique et conservateur, farouchement opposé à l'idée de laisser le choix aux patients. Cette loi ne permet qu'une sédation profonde et continue jusqu'à la mort. Cela suppose qu'il s'agit déjà d'un mourant et non pas d'un citoyen debout, qui décide de partir, car sa vie n'est plus que souffrance physique et/ou morale.
C'est une liberté qu'il nous reste à conquérir. "Une chose n'est pas juste parce qu'elle est loi, elle doit être loi parce qu'elle est juste" Montesquieu (l'Esprit des Lois)
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Tutelle de Vincent Lambert: Rachel «soulagée», les parents «estomaqués»
La juge des tutelles a désigné, ce jeudi 10 mars, Rachel Lambert, favorable à l’arrêt des soins qui maintiennent en vie son mari, comme tutrice de celui-ci et l’Udaf (l’Union départementale des associations familiales) de la Marne comme subrogé tuteur. Réactions des différentes parties.
« Elle est soulagée ». M e Sara Nourdin, avocat de Rachel Lambert, a eu sa cliente ce jeudi matin au téléphone pour lui apprendre la nouvelle : c’est elle que la juge a désignée pour 10 ans afin d’être la tutrice de son mari hospitalisé depuis 2008 en état végétatif après un accident de la circulation et dont la famille se déchire sur son sort. « C’est presque une surprise même s’il nous semblait qu’en droit c’est la solution qui s’imposait. Cette décision conforte Rachel Lambert. Elle est soulagée après les multiples attaques dont elle a été l’objet. Le juge dit clairement : elle n’a jamais faibli, elle a toujours été là, présente, discrète. Il n’y a aucun doute sur le fait que Rachel Lambert prendra à cœur son rôle de tutrice. »
C’est le CHU de Reims qui avait saisi la justice « pour mettre Vincent sous protection globale et déterminer un référent qui pourrait le représenter légalement ».
Dans son jugement, le juge indique que, l’état de santé de Vincent Lambert « tel que décrit par l’expert permet d’envisager une mesure de tutelle de 10 ans en ce sens que l’altération de ses facultés personnelles n’apparaît manifestement pas susceptible de connaître une amélioration selon les données acquises de la science ».
« Une décision qui va dans le sens de Rachel et qui reconnaît l’état actuel des choses, confirme pour sa part M e Chemla, avocat de François Lambert, neveu de Vincent. Le subrogé tuteur sera là pour l’assister ». François qui, de son côté se félicite aussi de cette nouvelle. « C’est un message envoyé au CHU, explique le neveu qui comme Rachel est favorable à la fin de vie de Vincent dans le respect de ses volontés. Ce n’est pas parce qu’il y a de la pression qu’il ne faut pas appliquer les décisions de justice. Or la Cour européenne des droits de l’Homme s’est clairement prononcée pour le respect de la décision des médecins qui allait dans le sens de l’arrêt des soins et traitements. »
Outre la saisie de la cour d’appel contre la décision de la juge des tutelles, Me Paillot indique qu’il va reprendre la procédure judiciaire de demande de transfert de Vincent. « Puisque nous ne sommes pas entendus nous allons aussi probablement réactiver la procédure pénale pour maltraitance, faux et usages de faux, tentative d’assassinat… La décision du juge des tutelles remet de l’huile sur le feu. S’il faut montrer les crocs, on le fera… »
« Elle est soulagée ». M e Sara Nourdin, avocat de Rachel Lambert, a eu sa cliente ce jeudi matin au téléphone pour lui apprendre la nouvelle : c’est elle que la juge a désignée pour 10 ans afin d’être la tutrice de son mari hospitalisé depuis 2008 en état végétatif après un accident de la circulation et dont la famille se déchire sur son sort. « C’est presque une surprise même s’il nous semblait qu’en droit c’est la solution qui s’imposait. Cette décision conforte Rachel Lambert. Elle est soulagée après les multiples attaques dont elle a été l’objet. Le juge dit clairement : elle n’a jamais faibli, elle a toujours été là, présente, discrète. Il n’y a aucun doute sur le fait que Rachel Lambert prendra à cœur son rôle de tutrice. »
C’est le CHU de Reims qui avait saisi la justice « pour mettre Vincent sous protection globale et déterminer un référent qui pourrait le représenter légalement ».
Dans son jugement, le juge indique que, l’état de santé de Vincent Lambert « tel que décrit par l’expert permet d’envisager une mesure de tutelle de 10 ans en ce sens que l’altération de ses facultés personnelles n’apparaît manifestement pas susceptible de connaître une amélioration selon les données acquises de la science ».
« Une décision qui va dans le sens de Rachel et qui reconnaît l’état actuel des choses, confirme pour sa part M e Chemla, avocat de François Lambert, neveu de Vincent. Le subrogé tuteur sera là pour l’assister ». François qui, de son côté se félicite aussi de cette nouvelle. « C’est un message envoyé au CHU, explique le neveu qui comme Rachel est favorable à la fin de vie de Vincent dans le respect de ses volontés. Ce n’est pas parce qu’il y a de la pression qu’il ne faut pas appliquer les décisions de justice. Or la Cour européenne des droits de l’Homme s’est clairement prononcée pour le respect de la décision des médecins qui allait dans le sens de l’arrêt des soins et traitements. »
Les parents de Vincent « estomaqués »
Pour les parents de Vincent Lambert, favorables au maintien en vie de leur fils, la décision n’est pas bonne. « C’est une nouvelle surprenante qui va à l’encontre de ce que nous demandions et de ce que proposait le procureur à savoir la nomination d’un tuteur extérieur à la famille Lambert » indique leur avocat Me Paillot qui a décidé de faire appel de cette décision sous la forme d’une procédure d’urgence. « Les parents de Vincent sont estomaqués de cette décision qui n’est pas compréhensible. C’est l’inverse qui aurait dû être fait dans un souci d’apaisement avec l’Udaf tuteur et Rachel Lambert et d’autres subrogés tuteurs. Nous sommes d’accord sur le fait que Rachel ait une place particulière mais depuis trois ans elle a quitté Reims pour la Belgique. Même si on comprend les raisons de ce départ, protéger sa fille, elle ne peut être là au quotidien pour Vincent comme le sont ses parents. C’est pour cela que la sagesse aurait voulu que ce soit un tiers qui soit nommé… »Outre la saisie de la cour d’appel contre la décision de la juge des tutelles, Me Paillot indique qu’il va reprendre la procédure judiciaire de demande de transfert de Vincent. « Puisque nous ne sommes pas entendus nous allons aussi probablement réactiver la procédure pénale pour maltraitance, faux et usages de faux, tentative d’assassinat… La décision du juge des tutelles remet de l’huile sur le feu. S’il faut montrer les crocs, on le fera… »
« Mettre un terme à cet interminable et macabre feuilleton »
Il est à noter que la désignation de Rachel Lambert comme tutrice ne veut pas pour autant dire arrêt rapide des soins pour Vincent Lambert. « Cette décision ne changera pas la situation en place, confirme Me Chemla, l’avocat de François Lambert. Le tuteur n’a pas à décider du changement du lieu de vie (décision réservée au juge) et n’est pas plus décisionnel dans la fin de vie (son avis est recueilli comme celui des membres de la famille). Il convient désormais que le CHU prenne acte de cette situation et termine la procédure de consultation pour mettre un terme à cet interminable et macabre feuilleton. »
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